Alors que la Guerre du Golfe se prépare dans des pays bourrés à craquer de barils de sable, de châteaux de pétrole, et de méchants messieurs avec des chiffons à carreaux sur la tête, le petit Ralph Astruc (qui n'est aucunement préoccupé par la guerre, bécile) s'apprête à faire sa grande rentrée en classe avec un peu de retard. En effet, il a été retenu pendant un mois derrière les barreaux de son lit d'hôpital, afin d'effectuer des examens neurologiques approfondis. Résultat nul... comme Marie Besnard l'empoisonneuse, les médecins l'ont déclaré « anormalement normal. »
Dehors il pleut, puis il ne pleut plus, puis il pleut et il s'arrête définitivement de pleuvoir : seulement des gouttes d'eau tombent du ciel, formant les cordes impalpables d'une harpe aquatique. Dedans, école intra-muros, froids sont les couloirs bleus-gris qui mènent en classe. Accompagné par le dirlo, Ralph entre timidement dans la salle de cours empestant la craie, sous les regards médusés des requins d'élèves.
- Comment t'appelles-tu ? demande la maîtresse
- Rrrafatruc
- Comment ?
Ralph devient rouge tandis qu'une sueur grasse s'évapore comme de la fumée de friture par ses cheveux. Les autres élèves comprennent très vite qu'il n'a pas inventé la brosse à dents ni le vide-ordures électronique.
- Raffffffff
- Et tu pourrais nous en dire davantage sur toi ?
- Rrralph Astruc
- On y est presque, allez, on encourage votre camarade !
- Bon... bon... jour, j'ai pipi...
- Ha ha ha ha ha ha ha (éclat de rire général de l'auditoire composé de douze filles et treize garçons de dix ans, plus la maitresse d'un âge, hum, certain...)
Ce jour-là, il aura fallu vingt-deux minutes à l'enseignante pour faire taire les moqueries dans la classe, un record. Parfois, elle repense encore à cet élève pour le moins curieux qui n'est resté que quatre jours dans cette école, le temps qu'on lui pique toutes ses affaires, qu'on lui fracture la mâchoire et qu'on le retrouve ligoté tout nu à un marronnier, avec taggué « Saddam Hussein vaincra » sur son abdomen.
Vingt ans plus tard, yo man, Ralph Astruc est toujours dans la place. Il a changé, oui et non... On pourrait le qualifier de philosophe de l'extrême tant son point de vue sur le monde et ses aventures sont particulières, frôlant parfois l'absurde vérité de la condition humaine. Peut-être vous les ferais-je partager ? Je le connais bien ce gars, c'est mon meilleur ami... imaginaire.

